Face aux “fake news”, l’éducation aux médias pour mieux s’informer ?

Micros de France Culture, BFMTV et France Info / Alain GUILHOT — Divergence images

Fausses informations et théories du complot abreuvent les réseaux sociaux et peuvent semer le doute chez chacun d’entre nous. Pour les combattre, enseignants et journalistes se mobilisent pour éduquer aux médias et à l’information les jeunes, et les moins jeunes.

De quoi va-t-il être question dans ma grande enquête ? (vidéo destinée à être diffusée sur les réseaux sociaux, d’où le format 9:16)
Avec son association Fake Off, la journaliste et youtubeuse Aude Favre intervient dans les écoles pour interroger les élèves sur leur rapport aux théories complotistes. CAPTURE D’ÉCRAN YOUTUBE @AudeWTFake
L’évolution de l’intérêt porté à l’actualité par les 18–24 ans. Si les jeunes s’intéressent davantage à l’actualité depuis 2019 après une forte baisse en 2018, on est loin des chiffres de 2006 où 74% des 18–24 ans s’intéressaient à l’information contre 51% en 2020. L’intérêt pour l’actualité dans l’ensemble de la population française chute quant à lui de 12 points en l’espace d’un an. Crédits et sources : Étude Kantar 2020 pour La Croix réalisée entre le 2 et le 6 janvier 2020.

Dans la peau d’un journaliste

Qu’est-ce qu’une information ? Comment “fact-checker” ? Comment repérer une fake news ou fausse information ? Pendant ces ateliers d’éducation aux médias et à l’information, composante du parcours citoyen mis en place à l’École à la rentrée 2015 par l’Éducation nationale, les élèves laissent de côté pour quelques heures leur calculatrice et leurs manuels pour s’initier par exemple à la web-radio, comme le propose France Bleu dans le cadre de son dispositif France Bleu classe médias. Micro devant la bouche, debout face caméra mais aussi téléphone en main. Oui, dans ce cours, le smartphone est autorisé et il est même le bienvenu.

“S’il faudrait que tous les journalistes débarquent dans les classes ? Ça ne ferait pas de mal, mais le problème ne se réglera pas comme cela”

Thomas Huchon, journaliste, réalisateur et formateur

Des cours d’éducation aux médias qui se distinguent donc des matières habituelles. “L’éducation aux médias place les élèves comme acteurs au centre des apprentissages. Ce n’est pas une éducation qui est descendante, c’est une éducation qui les rend pleinement acteurs”, argumente Virginie Sassoon du CLEMI. “Il y a beaucoup de compétences qui ne sont pas forcément reconnues dans d’autres enseignements et qu’ils peuvent déployer dans ces projets médias scolaires. Ça les fait sortir du schéma classique des enseignements traditionnels”. Au point même de remobiliser des élèves décrocheurs.

Vous avez dit “digital native” ?

Ces cours d’éducation aux médias et à l’information sont tournés sans surprise depuis plusieurs années vers les réseaux sociaux. Ils s’articulent notamment autour d’exercices d’utilisation de ces plateformes que sont Twitter, Facebook ou encore YouTube qui peuvent à première vue sembler inutiles pour cette génération connectée, née avec les nouvelles technologies. Erreur : ces ateliers se révèlent essentiels. “Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’ils pensent maîtriser ces outils parce que ce sont ceux de leur génération, et en même temps ils ne comprennent rien de ce qu’il se passe derrière leurs écrans”, constate Thomas Huchon, également réalisateur de “La nouvelle fabrique de l’opinion”, une enquête sur la façon dont l’opinion se forge sur Facebook.

Classement des cinq réseaux sociaux les plus utilisés pour s’informer dans le monde en 2020 en comparaison avec 2014. Étude réalisée entre 2015 et 2020 sur la période 2014–2020 auprès de 12 pays : le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande, le Danemark, la Finlande, le Japon, l’Australie et le Brésil. Crédits inforgraphie : Maxime Lherbat avec CANVA / Source des chiffres : Reuteurs Digital News Report 2020.

“Adhérer aux fake news, ce n’est pas rationnel”

Un flux continu d’informations où se cachent d’innombrables fake news. Depuis l’élection de Donald Trump en 2016 et le scandale Cambridge Analytica, les fausses informations se sont multipliées. Par conséquent, les réseaux sociaux sont devenus un terrain de jeu indispensable dans l’éducation aux médias. Selon une étude du Reuters Digital News Report 2020, 47% des 18–34 ans s’informent via les réseaux sociaux, contre 24% avec la télévision. Il est donc devenu indispensable d’accompagner et de former à l’utilisation de ces plateformes hautement plébiscitées par la génération Z, c’est-à-dire tous ceux nés après 1997 selon un rapport du Pew Research Center, un think tank américain réputé pour la qualité de ses recherches.

Les Français s’informent de plus en plus grâce aux réseaux sociaux, et de plus en plus depuis leur smartphone. Crédits et sources : Reuters Digital News Report 2020.

“Cette image ‘digital native’, de cet enfant qui serait naturellement compétent pour se servir des nouvelles technologies doit être déconstruite”

Virginie Sassoon, directrice adjointe du CLEMI

S’adapter pour toucher un public plus large

S’il y a de l’espoir pour les jeunes, il ne faudrait pas laisser de côté les plus âgés, eux aussi utilisateurs des réseaux sociaux, et diffuseurs de fausses informations. “Il y a un vrai enjeu à former les adultes”, considère Thomas Huchon, qui est en train de monter un Institut de formation professionnelle sur les questions de qualité de l’information, de lutte contre les fake news, dans le but de “toucher justement les plus âgés”.

Thomas Huchon donnant les clés du fact-checking à des lycéens du Lycée César Baggio de Lille en 2018. Photographe : Pete Kiehart / NPR

“C’est le jeu qui a changé, pas les joueurs”

L’information nous inonde, les fake news prolifèrent. La méfiance envers la profession de journaliste grandit et les théories complotistes trouvent de plus en plus d’adhérents. Symptôme d’une démocratie qui perd la boussole ? Pour convaincre et regagner la confiance des citoyens, les journalistes vont devoir s’adapter. “L’avenir, c’est faire du journalisme avec les gens, de les inclure au maximum dans nos travaux”, propose Aude Favre.

19 ans. Étudiant en journalisme à l’EFJ. Ex « Les Grandes Gueules » RMC, Onze Mondial, beIN Sports YourZone, OlaaaSport).

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